Salut à toi, petit curieux…

Alors, tu te demandais si j’avais survécu à ma rencontre avec les auteurs des Haut-Conteurs, les coriaces Oliver Peru et Pat Mc Spare ? Hin, hin… eh, bien en fait, on a fini par sympathiser autour d’une bonne bagarre et de quelques chopines. J’aime bien quand mes victimes… pardon, les gens que j’interroge, ont du répondant ! Tiens, pareil avec John Stephens, l’auteur du bouquin L’Atlas d’émeraude (site officiel, bandes annonces et tout le toutim ici). Voilà un humain qui a du style ! Et comme j’ai été obligé de couper les trois quarts de notre entretien pour que ça rentre dans le magazine, il fallait réparer ça ! Voici donc la version intégrale et non censurée…

Pôdvash le Prodigue, troll bourreau


Pôdvash : Avant d’être écrivain de fantasy, vous étiez producteur, scénariste et réalisateur de séries télé. Qu’est-ce qui vous a fait faire le saut du monde de Gossip Girl
au monde des livres magiques, des nains et des goules ?

J. Stephens : Oui, j’ai travaillé 10 ans à Hollywood, et comme vous le diront tous ceux qui y ont passé du temps, ça ressemble beaucoup à un monde de fantasy : des princesses, des goules et des sombres complots, c’est la vie quotidienne à Los Angeles ! Honnêtement, j’ai toujours voulu écrire des romans, et ceux dont je suis tombé amoureux, ce sont des romans de fantasy (Tolkien, Lewis, Herbert, etc.). Donc, mon expérience à Hollywood aura été en quelque sorte un détour, et l’écriture de ce roman est un retour à mon premier amour.

Écrire et produire pour la télévision est un emploi merveilleux… pendant quelque temps. Mais peu importe si on essaie d’être inventif et créatif, on doit travailler au sein d’un certain format. Au bout d’un moment, on n’avance plus. Je commençais à ressentir ça, à me dire que je devais passer à autre chose, quand j’ai lu La Boussole d’or de Philip Pullman. Ce livre m’a rappelé ceux que je lisais enfant, le genre de livres qui m’ont fait tomber amoureux de l’écriture. À ce moment-là, je me suis dit “Je veux écrire un roman de fantasy”.


Pôdvash : C’était quoi, votre inspiration pour L’Atlas d’Émeraude
?

J. Stephens : Un jour, je regardais un album photo et je suis tombé sur une photo de ma sœur et moi en vacances quand nous étions gamins (Je suis le 2e de trois enfants, le frère du milieu entre mes deux sœurs, comme le personnage de Michael dans mon roman). Comme beaucoup de gens aujourd’hui, je vis loin de ma famille, 5 000 km dans mon cas, et en regardant cette photo j’ai ressenti une grande nostalgie. Je me suis dit que je donnerais tout pour avoir un album photo magique qui me ramènerait au moment précis où cette photo avait été prise. C’était l’instant “Eurêka !”. À partir de là, je savais que j’avais les bases du roman – un livre qui fait voyager dans le temps – ainsi qu’un thème – l’idée que des enfants tentent de rassembler leur famille.


Pôdvash : Votre bouquin a créé un sacré buzz dans le milieu de la littérature jeunesse. Comment vous réagissez ? Ça ne met pas un peu la pression quand son premier roman, pas encore été publié, est déjà comparé à Harry Potter
?

J. Stephens : Étrangement, c’est assez agréable de voir son premier livre comparé à Harry Potter avant même sa sortie, car il est absolument impossible que le livre soit à la hauteur de cette réputation. On va forcément décevoir des gens. Sachant cela, ça enlève une certaine pression.

Je plaisante. Il y a une pression énorme !

Ce premier livre, je l’ai écrit plus ou moins dans le secret. Je ne m’inquiétais même pas de savoir si quelqu’un d’autre que ma femme allait le lire un jour. Donc, zéro pression. Mais là, avec le second tome, il y a des personnes qui attendent, qui me demandent comment ça avance… C’est comme si, avec le premier livre, vous aviez réussi à tirer un lapin de votre chapeau, seul dans votre chambre, sans vous soucier de manquer votre coup. Pour le tome suivant, vous devez recommencer, mais cette fois ça se passe sur scène, devant un millier de spectateurs, et il y a pénurie mondiale de lapins.


Pôdvash : Des orphelins transportés par magie dans un lieu gouverné par une nana maléfique et ses affreux serviteurs… on a déjà vu ça dans pas mal de classiques de la fantasy, comme Les Chroniques de Narnia
. C’était ça, votre but ? Remettre au goût du jour un concept un peu usé ?

J. Stephens : Exactement. J’étais très conscient du fait que j’écrivais dans un genre déjà exploré. Nous retournons encore et encore à certains archétypes parce qu’ils ont pour nous une signification subconsciente, à la fois personnellement et culturellement. Et je pense que l’un des devoirs d’un auteur travaillant dans un genre très codifié, comme la littérature fantasy pour la jeunesse, est d’insuffler une nouvelle vie dans ces archétypes. Ces vieilles histoires de Mal, de trahison, de loyauté et d’héroïsme doivent être renouvelées pour chaque nouvelle génération.


Pôdvash : Vous êtes un grand lecteur de fantasy ? Si oui, c’est quoi, vos livres et auteurs préférés ?

J. Stephens : Je l’étais, et je le suis encore. Enfant, j’étais un très grand fan de Tolkien et de C .S. Lewis. J’aimais aussi Dune, de George Herbert, la singularité et la réalité du monde qu’il a créé. La trilogie À la Croisée des mondes, de Philip Pullman, a une importance énorme pour moi. Là aussi, j’admire la singularité des mondes, le point de vue unique de l’auteur et la profondeur de ses personnages. Depuis plus de 10 ans, je suis aussi un fan confirmé de Harry Potter. Et un de mes livres favoris de ces dernières années est Jonathan Strange et Mr. Norrell de Susanna Clarke, qui est un roman incroyablement humain, drôle et merveilleux*.


Pôdvash : Si vous pouviez voyager dans le temps, comme vos héros, où et quand iriez-vous ?

J. Stephens : Une question difficile. J’hésite entre le Hollywood des années 40 (l’âge d’or du cinéma, avec Bogart, Cary Grant et Hepburn, quand les hommes portaient ces habits incroyables et conduisaient ces magnifiques bagnoles) et le Paris des années 20. On pouvait s’offrir plus de choses avec un dollar, à l’époque.


Pôdvash : Et si vous en aviez le pouvoir, que changeriez-vous dans votre propre passé ?

J. Stephens : Facile. Je ferais en sorte que mes parents déménagent à New-York en 1974, comme ça j’aurais pu grandir à Manhattan !


* Il a bon goût : ce sont aussi des bouquins cultes pour chef Kritik, surtout Jonathan Strange et Mr Norrell ! (NDLR)