Kritikette : Alors, alors, chef ? Vous avez aimé autant que la première partie ? Moi, ça m’a complètement ébouriffée !

Chef Kritik : Mmmmouais. C’était pas trop mal…

Kritikette : Pas trop mal ?! C’est tout ?! Enfin, Votre Horreur, c’était formidable du début à la fin ! Le casse de Gringotts ! La bataille de Poudlard ! Le… la… Euh…

Chef Kritik : Oui, exactement, Kritikette, tu résumes très bien mon point de vue. Finalement, il y a très peu de choses, dans ce film, par rapport au livre. Le casse de Gringotts est très bien, je te l’accorde, on peut d’ailleurs y admirer l’un des plus beaux dragons du cinéma. Mais la bataille finale, elle, ne me semble pas tout à fait aussi épique qu’elle aurait dû l’être. Quant au reste, je demeure sur ma faim : l’histoire cachée de Dumbledore est complètement passée à la trappe, par exemple. C’est dommage, parce que j’ai bien aimé sa dernière scène avec Potter, dans l’Au-Delà, avec le fÅ“tus de Voldemort planqué sous le banc. Mais ses petits secrets de famille, sa relation avec le premier mage noir, Grindelwald ? Pfuuuit, disparus !

Kritikette : Bon, d’accord, ils ont dû couper des choses, mais c’est normal aussi. Et puis, l’essentiel est là, avec la mort de Rogue et les souvenirs qu’il lègue à Harry grâce à ses larmes ! Non ?

Chef Kritik : Oui, oui, la scène y est. Mais encore une fois, je trouve que ça manque d’un petit quelque chose. Rogue est le personnage clé de la saga ; ici, il est expédié un peu trop rapidement, et sa mort sert surtout à « déverrouiller » l’accès au niveau suivant, comme dans un jeu vidéo. En fait, c’est vraiment l’impression que m’a donnée toute la dernière partie, quand Potter et ses potes mènent leur dernière quête en parallèle dans Poudlard. Du coup, la dramaturgie me semble faiblarde. Ce n’était pas le cas du précédent film, qui prenait le temps d’installer une ambiance, de vraies relations entre les personnages…

Kritikette : Mais c’était le but, en coupant le film en deux, non ? Se garder la place pour un bouquet final de toute beauté, où on n’a pas le temps de souffler pendant deux heures !

Chef Kritik : D’accord. Mais la première partie n’était pas dénuée de scènes d’action pour autant : il s’y passait des choses, ça servait l’histoire, ET on n’avait pas l’impression qu’on  passait juste par des étapes obligées avant d’atteindre le boss de fin. Couper le film en deux pour être le plus fidèle possible au livre, c’est un choix. Mais alors, il ne fallait pas mettre « avance rapide » sur le plus important. En fait, c’est un peu la malédiction de cette saga depuis le début : choisir entre une adaptation ultra-fidèle pour contenter les fans, et une vraie ambition cinématographique.

Kritikette : Bah, tout de même, au niveau cinéma, les acteurs sont formidables, les décors géniaux, la réalisation ultra classieuse et les effets spéciaux de toute beauté, vous ne pouvez pas dire le contraire !

Chef Kritik : C’est vrai, mais ça, c’est bien le minimum pour des productions de cette ampleur. Je ne dis pas que j’ai été déçu, je dis que je n’ai pas été particulièrement surpris, ou transporté dans un territoire inconnu. Et c’est ce que j’attends quand je vais au cinéma ! En fait, à mon sens, le meilleur Potter est aussi celui qui « trahit » le plus le livre au profit de la vision de son réalisateur, le Mexicain Alfonso Cuarón : Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban. À part celui-là, les autres sont des adaptations au pire poussives (le 1, le 2, le 4, le 6), au mieux satisfaisantes (le 5), mais qui ne dépassent jamais leur modèle romanesque. Si on considère Les Reliques de la mort, parties 1 et 2, comme un seul film, je dirais que la première moitié m’a fait voyager, mais que la seconde m’a malheureusement trop vite ramené à la réalité. Sans parler de la scène finale, où le vieillissement des acteurs n’est pas franchement une réussite…

Kritikette : Vous pouvez dire ce que vous voulez, Votre Puanteur, moi, ça m’a émue. Et comment vous auriez vu les choses, alors ?

Chef Kritik : Eh bien, dans l’idéal, je pense que les films auraient dû beaucoup plus s’écarter de la structure des livres. Peut-être qu’il aurait dû s’agir d’une trilogie, ou d’une tétralogie, pas plus. Avec un seul réalisateur à la barre. Et un vrai cinéaste, pas juste un bon technicien au service du studio ! On aurait sabré beaucoup plus d’aventures annexes et on se serait concentré sur l’évolution des personnages et leurs rapports entre eux. Bref, il y aurait eu une vision globale. Mais ça n’aurait pu se faire qu’après la publication du dernier livre. Ou alors, à l’inverse, pour contenter les fans au maximum, il aurait fallu faire une série télévisée, avec une saison pour chaque livre. Ça n’empêche pas la qualité : la chaîne américaine HBO l’a prouvé avec son adaptation de l’excellente saga de dark fantasy Le Trône de fer (bon, c’est clairement destiné aux adultes, mais disons-le, c’est un chef d’œuvre du genre).

Kritikette : Ah oui, mais du point de vue économique, on peut comprendre les choix du studio : 8 films, ça rapporte plus que 3 ou 4, et beaucoup plus qu’une série télé. Et le but premier d’un studio, c’est quand même d’amasser des brouzoufs, non ? Alors, je préfère ne pas trop ma plaindre : la saga a des hauts et des bas, c’est vrai, mais je la trouve tout de même globalement satisfaisante. Et ce dernier épisode est largement à la hauteur, à mon humble avis. Même si je comprends votre point de vue, Votre Infection. Bref, je ne boude pas mon plaisir et je fais tout de suite entrer cet ultime épisode (parties 1 et 2 condondues) dans mon petit panthéon personnel des films de fantasy les plus réussis de tous les temps !

Chef Kritik : À ta guise… Moi, je vais me remettre à la lecture du Trône de fer pour ne pas prendre du retard sur la saison suivante. Quant à Potter, je suppose que je dois le remercier pour avoir aidé le genre fantasy à prendre son essor ces dix dernières années, au cinéma comme ailleurs. J’espère juste que les prochaines productions auront de plus en plus d’ambition, parce que le public finit toujours par devenir difficile… et garder son public, ça aussi c’est un sacré enjeu économique !

Chef Kritik (ma note : 6/10) et Kritikette (ma note : 9/10)